Tartares, Ouzbeks, Nénètses / tout le peuple ukrainien, / et même les Allemands de la Volga / attendent les traducteurs.
Et peut-être, en ce moment, / un Japonais / me traduit en turc / et atteint mon âme.

Ossip Mandelstam


vendredi 24 octobre 2014

Carla Badillo Coronado (1985, Equateur)






SICKNESS

Parfois il vaut mieux se taire, mais l’esprit résiste au silence. Pour cette raison mon corps réclame, se manifeste et tombe malade. Pour cette raison ma voix se déforme, et la langue devient un chœur de chevaux mutilés, se noyant peu à peu dans ma tête.

SICKNESS

A veces es mejor callar, pero la mente se resiste al silencio. Por eso mi cuerpo reclama, se manifesta y enferma. Por eso mi voz se distorsiona, y el lenguaje se me vuelve un coro de caballos mutilados, ahogándose de a poco en mi cabeza.



Hubiese sido más romántico
que mueras atorado con mi lengua
o asfixiado, sofocado al interior de mi boca.
Así sabría dónde están tus restos.
Así me hubiese convertido al fin
en tu última morada.


Cela aurait été plus romantique
que tu meures étranglé avec ma langue
ou asphyxié, étouffé dans ma bouche.
Ainsi saurais-tu où se trouvent tes restes.
Ainsi serais-je devenue
ta dernière demeure.


samedi 11 octobre 2014

Martha Kornblith (1959-1997, Venezuela)





Tu me demandes de te parler de ma vie.
Moi je te propose un poème sur la folie.
Tu me proposes une phrase pour développer un poème.
Le poème est un instant présent, ce qui m’occupe.
Tu me dis de me mettre à la place
de celle que j’aurais aimée être.
Je te dis une actrice de cinéma
célèbre pour vivre et être aimée par des milliers de gens
ce qui est comme voler au-dessus d’une plage
et savoir qu’ils me regardent et m’appellent.
C’est ça mourir.
Ou se suicider.
Errer comme un fantôme absent
dans la conscience de milliers sans corps ni visage.
Pour le voir occuper la scène au milieu d’une foule stupéfaite
et m’appeler.
J’ai l’habitude de voler comme un oiseau blessé
sur une plage interminable
et laisser des traces de sang
devant la sonnerie absente
de ton téléphone,
t’appeler c’est me confronter avec la réalité inexorable
d’un naufrage.



Me dices que te hable sobre mi vida.
Yo te propongo un poema sobre la locura.
Me propones una frase para desarrollar un poema.
Poema es momento presente, lo que me ocupa.
Me dices que me ponga en el lugar
de la que me hubiera gustado ser.
Yo te digo que una actriz de cine
famosa para vivir y ser amada por miles
que es como volar por encima de una playa
y saber que aquella gente me mira y me llama.
Eso es morir.
O suicidarse.
Vagar como un fantasma ausente
en la conciencia de miles sin cuerpo ni cara.
Para verlo tomar palco entre miles estupefactos
y llamarme.
Suelo volar como una paloma herida
en una playa interminable
y dejar rastros de sangre
ante el tin tin ausente
de tu teléfono,
llamarte es confrontarme con la realidad inexorable
de un fracaso.

 

José Emilio Pacheco (1939-2014, Mexique)





En poésie il n’y a pas de fin heureuse.
Les poètes finissent
par vivre leur folie.
Et ils sont démembrés comme des bœufs
(c’est arrivé à Darío).
Ou bien ils sont lapidés et finissent
jetés à la mer ou avec des cristaux
de cyanure dans la bouche.
Ou morts d’alcoolisme, drogue, misère.
Ou ce qui est pire : poètes officiels,
habitants amers d’un sarcophage
appelé Œuvres Complètes.

/

En la poesía no hay final feliz.
Los poetas acaban
viviendo su locura.
Y son descuartizados como reses
(sucedió con Darío).
O bien los apedrean y terminan
arrojándose al mar o con cristales
de cianuro en la boca.
O muertos de alcoholismo, drogadicción, miseria.
O lo que es peor: poetas oficiales,
amargos pobladores de un sarcófago
llamado Obras Completas.