.......................................................................................................................................................................................... Photo S.C.
Tartares, Ouzbeks, Nénètses / tout le peuple ukrainien, / et même les Allemands de la Volga / attendent les traducteurs.
Et peut-être, en ce moment, / un Japonais / me traduit en turc / et atteint mon âme.

Ossip Mandelstam


dimanche 25 septembre 2016

Milenka Torrico (1987 – Bolivie)





Outside


Dans la maison de mes parents
il y a des cris (de ma mère)
il y a de la vaisselle cassée et des enfants morts

Dans la maison de mes parents
il y a une adolescente réprimée, une compulsive
et une autre anorexique

Dans la maison de mes parents
il y a des yaourts natures
il y a la tv câblée et on héberge des orphelins

Dans la maison de mes parents
il y a une névrosée
il y a une danseuse, une mannequin
et aussi un déserteur.

Dans la maison de mes parents
il y a des oiseaux mutilés
il y a des divorces, il y a des amants
et des meurtres au gaz et aux pilules.

Chez moi
il y a des barbies chauves
et une poupée avec des chéloïdes au visage.

Chez moi
il y a une fille avec un nom de pute
des complexes de pute
et un comportement suicidaire.

Chez moi
il y a une collection d’ex-copines
de leurs tests de grossesse
et de leurs enfants dans le formol.

Chez moi
il y a un album d’auto-photos
il y a des amphétamines, des journaux écrits à l’envers
et une marionnette foutue.

Chez moi
il y a six chiens fous et
il y a une heure entre minuit et trois
où ils sortent pour troubler la ville.



Outside


En la casa de mis padres
hay gritos (de mi madre)
hay platos rotos y niños muertos.

En la casa de mis padres
hay una adolescente reprimida, una compulsiva
y otra anoréxica.

En la casa de mi padres
hay yogurt natural
hay tv cable y se asilan huérfanos.

En la casa de mis padres
hay una neurótica
hay una bailarina, una modelo
y también un desertor.

En la casa de mis padres
hay pájaros mutilados
hay divorcios, hay amantes
y asesinatos con pastillas y con gas.

En mi casa
hay barbies pelonas
y una muñeca con queloides en el rostro.

En mi casa
hay una niña con nombre de puta
complejos de puta
y comportamiento suicida.

En mi casa
hay una colección de ex-amigas
de sus test de embarazo
y de sus hijos en formol.

En mi casa
hay un álbum de auto-fotos
hay anfetaminas, diarios escritos al revés
y un muñequito roto.

En mi casa
hay seis perros locos y
hay una hora entre las doce y las tres
en la que salen a perturbar la ciudad.



Oscillation


Ma mère ne m’aime pas

elle s’assoit devant la télévision
pour pleurer sur les autres
pour se plaindre des autres

si la culpabilité la rattrape
elle me donne de l’argent

si la furie la rattrape
elle me gifle

si l’anxiété la rattrape
elle devient amoureuse de mon père

si la lucidité la rattrape
elle traîne dans la maison
cherchant un endroit où se pendre

Ma mère ne m’aime pas
moi j’aime la lucidité de ma mère.


Oscilación


Mi mamá no me ama

se sienta frente al televisor
para llorar por otros
para dolerse de otros

si la culpa la alcanza
me da dinero

si la furia la alcanza
me abofetea

si la ansiedad la alcanza
se enamora de mi padre

si la lucidez la alcanza
se arrastra por la casa
buscando un lugar para colgarse.

Mi mamá no me ama
yo amo la lucidez de mi mamá.



lundi 19 septembre 2016

Margarita Losada Vargas (1983 - Colombie)




ILLUMINATION


il faut résoudre le mystère
avec un mystère plus profond
faire du visage
le lieu le moins visible du corps
et voir comment des ombres
lentement
tombe la lumière


ALUMBRAMIENTO


es preciso resolver el misterio
con un misterio más profundo
hacer del rostro
el lugar menos visible del cuerpo
y ver como de las sombras
lentamente
desciende la luz



L’ORIGINE DE L’OBJET


l’araignée
ne tisse pas la toile
elle relie les points de l’absence
pour donner
une forme au néant


EL ORIGEN DEL OBJETO


la araña
no teje la red
une los puntos de la ausencia
para darle
una forma a la nada



L’AUTRE RIVE


de ce bord de la nuit
les yeux s’attachent au vide
et là
dans l’espace caché
les regards façonnent l’image
qui soutient le monde
le bout de chair qui fait la chose
l’impulsion latente
du cri originel


LA OTRA ORILLA


de este lado de la noche
los ojos se atan al vacío
y allí
en el espacio oculto
las miradas cultivan la imagen
que sostiene al mundo
el pedazo de carne que hace la cosa
el impulso latente
del grito original


jeudi 2 juin 2016

Eduardo Chirinos (Pérou, 1960-2016)





Sermon sur la mort, 5

La speranza si torce,
e ti attende, ti chiama.
Sei la vita e la morte.
Il tuo passo è leggero.

Cesare Pavese, « You, Wind of March »



Le vent de mars se pose sur nos yeux et les ferme.
Léger est le pas vers la mort,
silence inutile qui pèse encore sur nos visages,
triste mémoire qui brûle encore sur nos peaux.
Combien de choses nous guettent quand la mort rôde.

Des morceaux de sel effacent le verbe de ses lèvres et sa langue
nous parle de régions encore inconnues.
(Eau est ce qu’elle dit,
eau et boue inondent pour toujours les sens).

Il reste peu une fois la douleur perdue,
juste les pâles murmures de l’oiseau qui secoue ses plumes,
la vague sueur qui mouille l’envers des miroirs.

Vent de mars, tu es venu apportant avec toi l’espoir.
Vent de mars, nous ne t’écouterons plus.




Sermón sobre la muerte, 5

La speranza si torce,
e ti attende, ti chiama.
Sei la vita e la morte.
Il tuo passo è leggero.

Cesare Pavese, « You, Wind of March »


El viento de marzo se posa en nuestros ojos y los cierra.
Ligero es el paso hacia la muerte,
silencio inútil que pesa aún en nuestros rostros,
tristísima memoria que arde aún en nuestra piel.
Cuántas cosas nos acechan cuando nos ronda la muerte.
Trozos de sal borran el verbo de sus labios y su lengua
nos habla de parajes que aún desconocemos.
(Agua es lo que dice,
agua y barro inundan para siempre los sentidos).

Perdido el dolor es poco lo que queda,
sólo el pálido gorjeo del ave sacudiendo sus plumas,
el vago sudor que empapa el revés de los espejos.

Viento de marzo, viniste trayendo contigo la esperanza.
Viento de marzo, no te escucharemos más.