.......................................................................................................................................................................................... Photo S.C.
Tartares, Ouzbeks, Nénètses / tout le peuple ukrainien, / et même les Allemands de la Volga / attendent les traducteurs.
Et peut-être, en ce moment, / un Japonais / me traduit en turc / et atteint mon âme.

Ossip Mandelstam


mardi 16 février 2016

Malú Urriola (Chili, 1967)





Cette nuit je vais tout essayer, les cartes disent que je mourrai bientôt,
comme une vieille dame parcourue par l’absence de désir…
bizarres ces jours, pleins de larmes, frôlant les doigts
entre mes jambes, cette nuit achèvera mon agonie,
je me suis intoxiquée de mensonges

Quelqu’un dit m’aimer et me frappe et je ne réalise pas,
peut-être que je me frappe moi-même

Je suis loin d’ici dans d’autres bras.

L’heure est passée, le silence abîmé, saccadée la respiration.
Il est trop tard pour faire marche arrière, d’autres occupent cet endroit, je m’assois sur le sol, la tête appuyée contre le mur, où se répand l’humidité de la rouille, tout est triste ici… et si tu me voyais danser sans voir, ivre et fatiguée, tandis que tu te reposes de moi dans cette chambre atroce, et moi avec une grimace d’horreur, cette nuit j’ai joué avec d’autres, j’ai senti leurs mains sur mes fesses, tout est resté flou malgré ça, tout s’est entouré d’une intense lumière rouge et d’une musique cruelle.

[…]

CE N’ÉTAIT PAS TA FAUTE, NON,
il n’y avait rien à proximité pour m’attacher,
JE NE SUIS PAS VIVANTE, JE NE SUIS PAS MORTE
JE DEMEURE LOIN DE TOUT


J’ai passé des heures à regarder ton visage et je n’arrive pas à comprendre qui
   tu es
ce que tu prétendais avec cet éclat du couteau près de mon cou


QUE TOUT ENTIER JE TE L’OFFRE


J’ai tourné la tête vers toi, les cheveux ont grisonné,
la peau m’est plus étrangère que jamais, l’éclat de la
démence dans les yeux.

[…]

J’AI PURGÉ DANS D’AUTRES CORPS


                                                            MES DÉLITS

[…]

LE FOND DE SES YEUX ÉTAIT UNE CORDE


                                   MAIS ILS NE M’ONT PAS ATTACHÉE

[…]

LE CIMENT

Je me suis perdue dans Buenos Aires, ivre, on m’a traînée dans un Bunker, dansant au milieu de travestis, un homme a pensé que j’étais un garçon, on est sortis dans la rue prendre des bières, il m’a parlé de son amant durant des heures, il m’a dit qu’il le frappait, et lorsqu’il a voulu le tuer l’autre lui a embrassé le cul, ensuite il a parlé de lumières qu’il voit en traversant la rue de San Telmo, d’un vieux bateau qui l’a amené une nuit dans un lieu étrange. Il a glissé sa main jusqu’à toucher la mienne.

On ressemblait à une brève image de l’abandon.



Esta noche lo probaré todo, el naipe dice que moriré pronto,
como una anciana recorrida por la ausencia del deseo...
han sido días extraños, llenos de lágrimas, rozando los dedos
en mi entrepierna, esta noche acabará mi agonía,
me he intoxicado de mentiras

Alguien dice amarme y me golpea y no me doy cuenta,
tal vez yo misma me golpeo

Estoy lejos de acá en otros brazos

Ha pasado la hora, estropeado el silencio, la respiración entrecortada.
Ya es demasiado tarde para dar marcha atrás, otros ocupan este lugar, yo me siento en el suelo, la cabeza apoyada en la pared, donde se expande la humedad del orín, es triste todo acá… y si me vieras bailar sin ver, ebria y cansada, mientras tú descansas de mí en ese cuarto atroz, y yo con una mueca de horror, esta noche he jugado con otros, he sentido sus manos en mi trasero, todo ha sido vago sin embargo, todo ha estado rodeado de una intensa luz roja y una música cruel.

[…]

NO FUE TU CULPA, NO LO FUE,
no hubo nada cerca para atarme,
NO ESTOY VIVA, NO ESTOY MUERTA
PERMANEZCO LEJOS DE TODO


He mirado tu rostro por horas y no logro entender quien eres
lo que pretendías con ese resplandor del cuchillo cerca de mi cuello


QUE TODO ENTERO TE LO OFREZCO



Volteé la vista hacia ti, el cabello ha encanecido,
la piel me es más ajena que nunca, el resplandor de la
demencia en los ojos.

[…]

HE PURGADO EN OTROS CUERPOS


                                                           MIS DELITOS

[…]

EL FONDO DE SUS OJOS ERAN UNA SOGA


                                               PERO NO ME HAN ATADO

[…]

EL CEMENTO

Me perdí en Buenos Aires, ebria, me hallaron en un Bunker, bailando en medio de travestís, un hombre pensó que yo era un muchacho, salimos a la calle a tomar unas cervezas, me habló de su amado por horas, me dijo que lo golpeaba, que cuando quiso matarlo él le beso su trasero, luego habló de unas luces que ve al cruzar la calle de San Telmo, un viejo barco que lo llevó una noche a un extraño lugar. Deslizó su mano hasta tocar la mía.

Nos parecíamos a una breve imagen del abandono.