.......................................................................................................................................................................................... Photo S.C.
Tartares, Ouzbeks, Nénètses / tout le peuple ukrainien, / et même les Allemands de la Volga / attendent les traducteurs.
Et peut-être, en ce moment, / un Japonais / me traduit en turc / et atteint mon âme.

Ossip Mandelstam


dimanche 7 avril 2013

Guadalupe Grande (1965 - Espagne)



Méditation

Abasourdies de tellement savoir
et de ne comprendre rien
les cendres de la mémoire
s’éparpillent dans l’air


Une cuillerée de poussière en plus
rien qu’une autre cuillère de nostalgie.
Ouvre la bouche, ma fille, mange et tais-toi.
Cruelle nourriture que la nostalgie,
naufrage désolé de la vie,
miroir injuste et insatiable.
Encore une autre bouchée, ma fille, mâche et avale.


Meditación

Aturdidas de tanto saber
y de no entender nada
las cenizas de la memoria
se esparcen en el aire

Una cucharada más de polvo,
tan sólo otra cucharada de nostalgia.
Abre la boca, niña, come y calla.
Cruel alimento es la nostalgia,
naufragio desolado de la vida,
espejo injusto e insaciable.
Otro bocado más, niña, mastica y traga.



Mouchoirs en papier

Une lumière allumée dans chaque maison
ici,
au bord sans limite de la pénombre.

Avec ces deux yeux seuls
et cette langue absurde,
cette bouche déchirée,
ce trou plein de cendres dans la gorge
j’écoute le passage d’un train perdu
pour je ne sais quoi, pour je ne sais qui.

… et qui te regarde alors, qui ?
« Adieu et prends pitié. »

Mais c’est la lumière des jours,
c’est l’ombre bleue de la mémoire
qui illumine à l’heure précise
les conjugaisons de la pluie sur les cartes,
sur les plans,
sur la cartographie souterraine
et son étrange germination.

Quais, rues, voies,
trottoirs, boulevards, souterrains,
ponts, places, avenues :
sommes-nous
vraiment
à l’intérieur ?
« sommes-nous
vraiment
dehors ? »

À l’heure précise de ne pas savoir,
un mouchoir en papier sèche
un fil de distance
qui glisse sur les joues :
les assiettes résonnent,
les ustensiles s’agitent dans les cuisines,
on entend la conversation du jour,
la rumeur de la lumière qui s’éteint,
le bruit de la lumière qui s’allume,

et tout s’apprête à partir ou arriver
une fois de plus.


Pañuelos de papel

Una luz encendida en cada casa,
aquí,
en el borde sin límite de la penumbra.

Con estos dos ojos solos
y esta lengua absurda,
este boca rota,
este hueco lleno de ceniza en la garganta
escucho el paso de un tren perdido
no sé porqué, no sé por quién.

¿...y quién te mira entonces, quién?
“Adiós y ten piedad”.

Pero esta es la luz de los días,
esta es la sombra azul de la memoria
que ilumina a la hora punta
las conjugaciones de la lluvia sobra los mapas,
sobre los planos,
sobre la cartografía subterránea
y su extraña germinación.

Andenes, calles, vías,
acera, bulevares, subterráneos,
puentes, plazas, avenidas:
¿estamos
de verdad
dentro?,
“¿estamos
de verdad
fuera”.

A la hora punta de no saber,
un pañuelo de papel seca
la hebra de distancia
que resbala por las mejillas:
suenan los platos,
se afanan los utensilios en las cocinas,
se escucha la conversación del día,
el rumor de la luz que se apaga,
el ruido de la luz que se enciende,

y todo se dispone a partir o llegar
una vez más.