.......................................................................................................................................................................................... Photo S.C.
Tartares, Ouzbeks, Nénètses / tout le peuple ukrainien, / et même les Allemands de la Volga / attendent les traducteurs.
Et peut-être, en ce moment, / un Japonais / me traduit en turc / et atteint mon âme.

Ossip Mandelstam


dimanche 22 mars 2015

Andrea Cote (Colombie - 1981)





Port en ruine


Si tu savais qu’en dehors de la maison,
attaché à la rive du port en ruine,
il y a un fleuve brûlant
comme les trottoirs.

Quand il touche la terre
c’est comme un désert qui s’effondre
et il ramène de l’herbe en feu
pour qu’elle grimpe le long des murs,
bien que tu aies l’impression
que le mur troublé par les lierres
soit un miracle de l’humidité
et non des cendres de l’eau.

Si tu savais
que le fleuve n’est pas fait d’eau
et n’apporte ni bateaux
ni bois,
juste de petites algues
qui grandissent dans la poitrine
d’hommes endormis.

Si tu savais que ce fleuve coule
et qu’il est comme nous,
ou comme tout ce qui tôt ou tard
doit s’enfoncer dans la terre.

Tu ne sais pas,
mais moi je l’ai déjà vu
cela fait partie des choses
qui lorsqu’elles s’en vont
semblent rester.


Puerto quebrado


Si supieras que afuera de la casa,
atado a la orilla del puerto quebrado,
hay un río quemante
como las aceras.

Que cuando toca la tierra
es como un desierto al derrumbarse
y trae hierba encendida
para que ascienda por las paredes,
aunque te des a creer
que el muro perturbado por las enredaderas
es milagro de la humedad
y no de la ceniza del agua.

Si supieras
que el río no es de agua
y no trae barcos
ni maderos,
sólo pequeñas algas
crecidas en el pecho
de hombres dormidos.

Si supieras que ese río corre
y que es como nosotros
o como todo lo que tarde o temprano
tiene que hundirse en la tierra.

Tú no sabes,
pero yo alguna vez lo he visto
hace parte de las cosas
que cuando se están yendo
parece que se quedan.




Labyrinthe


Je sais que nous marchons sur des chemins parallèles
vers le centre de quelque chose.
Mais pendant qu’il fait nuit en toi et en moi
il n’y a déjà plus de retour.
Tu n’ignores pas que pour Ariane
le fil était une façon de parvenir à l’intérieur.


Laberintos


Sé que caminamos por vías paralelas
hacia el centro de algo.
Pero mientras anochece en ti y en mí
ya no hay retorno.
No ignoras que para Ariadna
el hilo era una forma de llegar adentro.