.......................................................................................................................................................................................... Photo S.C.
Tartares, Ouzbeks, Nénètses / tout le peuple ukrainien, / et même les Allemands de la Volga / attendent les traducteurs.
Et peut-être, en ce moment, / un Japonais / me traduit en turc / et atteint mon âme.

Ossip Mandelstam


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vendredi 5 novembre 2021

Lucía Estrada (1980 – Colombie)

 


 

Quotidienne

 

Un geste amer se détache de ma bouche, roule dans les rues, disparait.

Quelque part, quelqu’un cultive des miroirs pour tout effacer. Son travail se réfléchit dans chaque syllabe d’air.

Vivre est une étrange condition de la mort. Je la porte avec moi, mais sa lune spectrale ne pèse pas dans mon corps.

Dans chaque visage reflété un nom se dilue. Je prie pour que le mien demeure indéchiffrable.

 

 

Cotidiana

 

Un gesto amargo se desprende de mi boca, rueda por la calles, desaparece.

En algún lugar, alguien cultiva espejos para borrarlo todo. Su oficio reverbera en cada sílaba de aire.

Vivir es una extraña condición de la muerte. Yo la llevo conmigo, pero no pesa en mi cuerpo su luna espectral.

En cada rostro reflejado un nombre se diluye. Ruego para que el mío permanezca indescifrable.

 

vendredi 7 avril 2017

Vientre de luz/Ventre de lumière - Lucía Estrada (1980)





XXII


L’ombre de ta main quand tu écris: cendre que le vent parcourt
et pousse au-delà des ruines du désir.
Vide qu’on n’atteint pas, aveugle rumeur qui s’éloigne
comme un signe impossible,
comme des mots qui se cassent contre le cercle des lèvres
et ne signifient plus rien.

L’arbre que tu nommes – son obscure palpitation
dans le sang – est l’exil
bien que ses racines t’enfoncent dans la terre,
bien que ses feuilles t’approchent de l’air,
bien que son silence te parle encore une fois
de l’incertitude de tes pas,
de la permanence.

●

XXII


La sombra de tu mano cuando escribe: ceniza que el viento recorre
y empuja más allá de las ruinas de tu deseo.
Vacío que no se alcanza, ciego rumor que se aleja
como una señal imposible,
como palabras que se rompen contra el cerco de unos labios
y ya nada significan.

El árbol que nombras – su oscuro pálpito
en la sangre – es el exilio
aunque sus raíces te hundan en la tierra,
aunque sus hojas te acerquen el aire,
aunque su silencio te hable una vez más
de la incertidumbre de tus pasos,
de la permanencia.