Ballade de Sophie Podolski contre la disparition
à Belano
Je n’ai pas disparu, je suis dans un rêve,
revêtue d’un autre vent de rêve,
où je ne peux me fier aux noms
à mon corps ni aux jours à venir.
Je tiens face à l’imprévisible et je vis
comme devant une corrida
où je brandis et plante une épée
d’innombrables fois dans des échines muettes,
en attendant l’ASSAUT
que j’invoque comme une armée,
pour que mon être éclate
et que le mezcal et les absents me parlent.
Je n’ai pas disparu, je cogite dans ma chambre, oiselle curieuse,
sur les exécutions du temps. Je ne me protège pas.
Masqués les siècles vibrent au-dehors,
espions de mes mots sans retour.
Personne ne pourra réparer personne,
comme un parchemin ou un peuple d’étoiles.
Je n’ai pas disparu, je trace avec folie ou d’un pinceau adolescent
des dessins de scorpions sur la fenêtre, j’en fais des centaines
sur mon reflet ; ma poitrine est envahie par du sable,
comme une horloge dans un désert avancé.
Balada de Sophie Podolski contra la desaparición
a Belano
No he desaparecido, estoy en un sueño
revestida por otro viento de sueño,
en el que no puedo fiarme de los nombres
de mi cuerpo ni de los días venideros.
Sigo ante lo errático y vivo
como ante una corrida de toros
en la que enarbolo y clavo una espada
infinitas veces contra lomos mudos,
esperando el ASALTO
convocándolo como a un ejército,
para que me estalle el ser
y me hablen el mezcal y los idos.
No he desaparecido, cavilo en mi cuarto, pájara curiosa,
sobre las ejecuciones del tiempo. No me protejo.
Enmascarados vibran afuera los siglos,
espías de mis vocablos sin regreso.
Nadie podrá componer a nadie,
ni como a un pergamino o pueblo de estrellas.
No he desaparecido, trazo con locura o pincel adolescente
dibujos de alacranes en la ventana, hago miles
sobre mi reflejo; invadido está mi pecho de una arena
como reloj en avanzado desierto.
