.......................................................................................................................................................................................... Photo S.C.
Tartares, Ouzbeks, Nénètses / tout le peuple ukrainien, / et même les Allemands de la Volga / attendent les traducteurs.
Et peut-être, en ce moment, / un Japonais / me traduit en turc / et atteint mon âme.

Ossip Mandelstam


samedi 4 juillet 2026

Emma Villazón (1983-2015, Bolivie)

 

 

Ballade de Sophie Podolski contre la disparition

 

à Belano

 

Je n’ai pas disparu, je suis dans un rêve,

revêtue d’un autre vent de rêve,

où je ne peux me fier aux noms

à mon corps ni aux jours à venir.

 

Je tiens face à l’imprévisible et je vis

comme devant une corrida

où je brandis et plante une épée

d’innombrables fois dans des échines muettes,

en attendant l’ASSAUT

que j’invoque comme une armée,

pour que mon être éclate

et que le mezcal et les absents me parlent.

 

Je n’ai pas disparu, je cogite dans ma chambre, oiselle curieuse,

sur les exécutions du temps. Je ne me protège pas.

Masqués les siècles vibrent au-dehors,

espions de mes mots sans retour.

 

Personne ne pourra réparer personne,

comme un parchemin ou un peuple d’étoiles.

Je n’ai pas disparu, je trace avec folie ou d’un pinceau adolescent

des dessins de scorpions sur la fenêtre, j’en fais des centaines

sur mon reflet ; ma poitrine est envahie par du sable,

comme une horloge dans un désert avancé.

 

 

Balada de Sophie Podolski contra la desaparición

 

a Belano

 

No he desaparecido, estoy en un sueño

revestida por otro viento de sueño,

en el que no puedo fiarme de los nombres

de mi cuerpo ni de los días venideros.

Sigo ante lo errático y vivo

como ante una corrida de toros

en la que enarbolo y clavo una espada

infinitas veces contra lomos mudos,

esperando el ASALTO

convocándolo como a un ejército,

para que me estalle el ser

y me hablen el mezcal y los idos.

 

No he desaparecido, cavilo en mi cuarto, pájara curiosa,

sobre las ejecuciones del tiempo. No me protejo.

Enmascarados vibran afuera los siglos,

espías de mis vocablos sin regreso.

 

Nadie podrá componer a nadie,

ni como a un pergamino o pueblo de estrellas.

No he desaparecido, trazo con locura o pincel adolescente

dibujos de alacranes en la ventana, hago miles

sobre mi reflejo; invadido está mi pecho de una arena

como reloj en avanzado desierto.